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« Tu tiens pour qui ? » Il y en a, des matches, pendant l’Euro ! Alors, pour vibrer en les suivant, on choisit un camp. Rester neutre, ce n’est pas ça. Il n’y a pas de frisson, pas de montée d’adrénaline : on n’est pas partie prenante.

L’ennuyeux, c’est quand cette logique déborde dans la vie courante. Les conflits dans l’Église protestante vaudoise ? Le Brexit ? « Tu tiens pour qui ? » On est sommé de choisir un camp, de soutenir une partie en souhaitant la défaite de l’autre : un monde en noir et blanc.

Il y a quelques années, en Espagne, un entraîneur avait été licencié, alors même que son équipe venait de remporter le championnat. Les dirigeants trouvaient que le jeu proposé n’était pas à la hauteur de ce qu’ils attendaient. La victoire, ce n’est pas tout. Il y a encore la manière.

Et je crois que dans nos débats publics, c’est cela qu’il faudrait chercher : non pas le succès, mais le beau jeu. Le théologien tchèque Josef L. Hromadka disait qu’il faut toujours s’efforcer de rejoindre l’autre dans sa force, dans sa grandeur, plutôt que de le rejeter en pointant ses défauts.

Oui, il est facile de réduire les troubles dans l’Église vaudoise à des provocations infantiles qui se heurtent à un autoritarisme borné. Mais on peut aussi y voir la tension inévitable qu’il y a entre soif d’idéal, et respect des formes, des règles, des institutions.

Quant au débat autour du Brexit, on peut le dépeindre comme l’affrontement de fossiles réactionnaires et de bureaucrates sans âme. Mais on peut aussi y lire deux soucis éminemment respectables : celui d’une communauté réelle, concrète, et celui d’une solidarité qui dépasse notre horizon.

La vie n’est pas un match de foot. Il est trop facile de tracer une ligne entre deux camps dont un seul peut gagner. L’apôtre le dit bien : « Tout ce que Dieu a créé est bon. Rien n’est à rejeter. » Il faut juste savoir le recevoir, et y discerner une voix qui nous parle : la voix de Dieu qui nous appelle.

 

Jean-Nicolas Fell, pasteur de l’EERV à Champagne