Fardeau

Longtemps j’ai cru que la vie devait forcément être La vie sans peine. Enfant, j’avais de la facilité. Une bénédiction, semble-t-il. Seulement, quand la vie ne demande pas d’efforts, elle n’a pas de réalité. Rien ne porte à conséquence. Ce n’est qu’un jeu.

Qu’ils furent durs, les premiers déboires ! Avec le recul, je vois que ce n’étaient que des broutilles. Mais sur le moment, c’est comme si l’on m’avait foudroyé en plein vol. Quelle immaturité !

Maintenant je sais que les obstacles et les épreuves font partie de l’existence, et que c’est en les acceptant, en les assumant, que l’on grandit, que l’on cesse de n’être qu’une pelote d’envies et de rêves pour devenir un être de chair et de sang.

Il y a quelques mois, j’ai annoncé à un ami et collègue tchèque les troubles sérieux dont souffre notre fille. Il m’a répondu : « Tu sais, chaque famille a ses soucis. » Ces mots semblent durs, mais ils m’ont aidé. Il y a un fardeau et il faut le porter. Chercher plus loin, c’est se disperser et s’épuiser.

Pendant mes études de théologie, je lisais tout ce qui parlait du scandale de la souffrance, de l’injustice. Ce n’est plus le cas. La vie n’est pas une équation à résoudre, une énigme à élucider. C’est un chemin à suivre.

Le Christ ne fournit pas d’explication à la question du mal. Il ne promet pas une vie confortable. Il dit juste : « Suis-moi ! » Alors je m’efforce de le suivre, en prenant ma croix. Ce n’est pas toujours agréable, ni facile. Mais j’en suis convaincu : c’est cela, le vrai chemin de la Vie.

 

Jean-Nicolas Fell, pasteur de l’EERV à Champagne